Il avait gardé un silence sidéral depuis que, fin 2007, il avait fait le déplacement de l’Afrique du sud pour raison de santé. Sans doute pour indiquer les grandes lignes de son combat à venir et, surtout, pour rompre un silence qui commençait à soulever pas mal d’interrogations dans l’opinion, le leader de l’Udps a signé, datée de Johannesbourg le 12 avril, une déclaration politique qui est en fait une critique en règle des défaillances du pouvoir en place, mais aussi une indication précise de la position de son parti sur les grandes questions qui font actuellement débat dans le pays. Où la sécurité des personnes et de leurs biens est toujours aussi précaire, à l’image de ce qui se passe dans l’Ituri, le Nord et le Sud-Kivu avec des massacres, des viols et des assassinats ; dans les Uélés avec l’invasion des Mbororo ; dans le Bas-Congo avec un usage disproportionné de la force contre Bundu dia Kongo.
Sur le plan économique, Etienne Tshisekedi déplore la prédation érigée en mode de développement, caractérisé par le contraste entre une population très misérable et le train de vie scandaleux de la classe politique, les détournements, la corruption. Voilà pourquoi, face à une situation aussi injuste, l’Udps déclare comprendre les revendications de diverses fractions de la population contre l’état de guerre et en faveur de l’amélioration des conditions d’existence et de travail des Congolais. Par contre, elle reste très critique sur le programme des cinq chantiers basé, selon elle, sur le mensonge qui veut qu’il puisse exister une coopération d’une générosité désintéressée. « Ce programme ne veut qu’une chose, déclare Etienne Tshisekedi : une amère désillusion des masses encore plus affamées au bout de l’aventure tragi-comique que mène le régime en place ».
Etienne Tshisekedi déplore en outre une absence criante de vision et de leadership. L’une et l’autre se forgent, explique-t-il, chez les hommes et dans les formations politiques ayant eu l’indicible chance – et la durable patience – de s’infiltrer dans les lobes intimes de la culture et de la sensibilité de leur peuple, au point de faire intimement corps avec ce dernier. En d’autres termes, ajoute-t-il « conquis honnêtement ou arraché par la ruse, un statut juridique, quel qu’il soit, ne peut faire naître un leader, ni conférer une vision ».
Sur la question sensible du fédéralisme et de la décentralisation, le leader de l’Udps conteste à la fois le modèle d’une république juxtaposition d’ethnies et celui d’une république à deux vitesses qui tolère l’épuration ethnique dans le Katanga par exemple tout en utilisant massivement l’armée et la police pour mâter le mouvement Bundu dia Kongo dans le Bas-Congo.Coïncidence ou non, la déclaration politique faite par Etienne Tshisekedi au nom de son parti survient au moment où le Comité Organisateur du Premier Congrès de l’Udps entame une tourne de sensibilisation dans les provinces, avec comme point de démarrage, le Bas-Congo. Il s’agit, explique-t-on, d’un acte fort qui indique la volonté et la détermination de l’Udps de reconquérir le Congo profond et de s’engager résolument dans la voie de la conquête du pouvoir d’Etat. Ci-dessous, le texte intégral de la déclaration
Devant le désarroi grandissant du peuple Congolais et après avoir observé et écouté les uns et les autres sur la situation générale du Pays, prenant l’opinion nationale et internationale à témoin, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social « UDPS », fait la déclaration suivante.
SÉCURITÉ ET DROITS FONDAMENTAUX DANS LE PAYS
La mise en place des institutions nationales et provinciales issues du référendum constitutionnel, la prise de fonction solennelle des élus à la tête des provinces, au
Parlement et à la présidence de la république, et la Constitution du gouvernement dit de la troisième république, n’ont en aucune manière amélioré la situation de sécurité dans l’ensemble du pays, Celle-ci reste désespérément très précaire,
L’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu demeurent sous un embrasement généralisé: arbitraire, massacres, assassinats, ,viols, diverses atteintes à l’intégrité physique des personnes, à leurs libertés, à leur environnement et à leurs droits de propriété, et déplacement massif des populations en sens divers, constituent le lot quotidien des populations. La faim, la soif, le dénuement, la dislocation des foyers, l’endémie de VIH-Sida, le choléra, la tuberculose, la déscolarisation et la mobilisation des mineurs dans les rangs des milices, constituent le triste sort réservé à une population d’environ 18 millions vivant sur ces territoires.
A ces drames anciens des provinces de l’Est en situations de conflit depuis 1996, s’ajoute l’insécurité chronique régnant sur tout le territoire national: barrages militaires et policiers, rançonnements, extorsions, viols, assassinats, corruptions, concussions, atteintes aux droits d’informer et d’être informé, privations de salaire, ... font partie de l’environnement de la vie de chaque jour, dans tous les coins du pays.
Par ailleurs» des populations de Kahemba, aux frontières avec l’Angola, attendent, depuis de longs mois - et visiblement en vain - que l’étreinte sur elles de la police et des forces années angolaises soit levée, s’estimant victimes d’une agression extérieure sur le territoire congolais.
De même, face à un gouvernement congolais sans initiative diplomatique cohérente ni moyens de dissuasion efficaces, les populations des Uélés sont occupées, tuées et dépossédées de leurs telles par des hordes d’éleveurs nomades Mbororo, déferlant en provenance des pays limitrophes (Soudan et Centrafrique) depuis près de trois longues années. Les frustrations sont ici comme partout ailleurs dans ce vaste pays, à leur comble au sein de la population.
Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement dont l’incapacité en Ituri, dans les deux Kivu, à Kahemba et dans les Uélés n’est pas à démontrer face aux milices, groupes années, années régulières des pays voisins et hordes d’envahisseurs nomades, vient d’ouvrir un front de plus au Bas-Congo. Pour écraser le BUNDU DIA KONGO, le gouvernement recourt massivement - à diverses reprises et dans diverses localités - à un usage disproportionné des armes de guerre contre la population civile. Dans cette nouvelle guerre ignoble, son souci évident de se consoler par quelque victoire à l’Ouest après tant de défaites à l’Est, au Sud et au Nord, pousse le gouvernement AMP-PALU et DIVERS ALLIES à jeter toutes ses forces dans chaque bataille, écrasant au passage femmes et enfants, et emportant, comme à sa coutume, prisonniers de guerre et butins. Comme réagissait de façon épidermique l’administration
coloniale face au message du Prophète Simon Kimbangu (1921-1953), le gouvernement Kabila-Gizenga, en massacrant à tout va et en retirant l’agrément au BUNDU DIA KONGO, ne ferme-là aucune plaie. Au contraire, il vient d’ouvrir des centaines de brèches qui, à terme, constitueront le gouffre qui l’engloutira.
C’est, au total, bien au-delà de trois millions et demi de morts et disparus, bien au-delà de six millions de blessés et mutilés, et bien au-delà de dix millions de déplacés, que se chiffre la calamité des conflits armés et de l’insécurité au Congo
au cours des douze dernières années. Le carnage et les souffrances ne faiblissent pas! Les détentions arbitraires dans des cachots échappant au pouvoir du Parquet, sont monnaie courante! Non seulement le gouvernement n’assure la sécurité sur aucune portion du territoire, mais il se fait lui-même partout le principal fauteur de l’insécurité, et fait de la maffia internationale qui le soutient le principal bénéficiaire de cette insécurité.
L’UDPS partage, entièrement et quotidiennement, la détresse et la profonde déception de l’ensemble du peuple congolais, un peuple qui, en allant voter, avait espéré la paix, mais qui reste maintenu dans des guerres et dans une insécurité sans cesse élargies et banalisées. Devant l’incapacité, l’irresponsabilité et l’incurie des gouvernants, notre honte, nos souffrances et notre indignation sont certes, sans bornes. Mais il sied de dresser trois constats douloureux: i) les promesses électorales étaient délibérément trompeuses; ii) le serment constitutionnel du président de la république et du gouvernement est littéralement trahi, par incompétence autant que par calcul; iii) un gouvernement qui se rend coupable de non assistance à son propre peuple en danger - et bien plus le rançonne, le viole et le massacre lui-même - ne peut revendiquer aucune espèce de légitimité.
L’UDPS en appelle donc à la conscience de tous les citoyens, aux formations politiques de l’Opposition, aux diverses diasporas congolaises à l’étranger, aux élites et aux cadres intellectuels, aux organisations de la véritable société civile, aux organisations internationales de défense des droits humains, à l’Union Africaine, aux peuples et gouvernements du monde épris de paix et de justice. (...)
2. UNE ÉCONOMIE DE PRÉDATION, DES HABITANTS MISÉRABLES
Avant la transition, pendant la transition et après des élections prétendument « démocratiques, libres et transparentes », quatre réalités persistent au Congo: i)
Joseph Kabila à la tête de l’État et du Gouvernement, ii) incapacité du gouvernement face aux guerres civiles, aux interventions armées extérieures et à l’insécurité généralisée des populations, iii) soutien diplomatique ferme de certaines forces extérieures bien connues, et iv) économie de prédation sans cesse florissante, couplée avec une misère matérielle et morale tout aussi florissante dans l’ensemble du pays.
La prédation se porte très bien grâce aux détournements de toutes sortes, et grâce aux émoluments et train de vie disproportionnés des députés, sénateurs, ministres et mandataires publics. La prédation se porte très bien grâce aux commissions et autres bakchichs perçus par des responsables politiques et des administrations, à l’occasion de l’octroi des marchés publics, des permis d’exploitation (mines, carrières, forêts, fréquences de télécommunications, transports aériens, fréquences pour radios et télévisions, etc.), des concessions foncières, des permis d’ établissements des banques et groupes financiers, des transactions fiscales et douanières, des opérations
domaniales, etc. La prédation se porte très bien avec les achats et rachats croisés de la dette publique, ainsi qu’avec les délits d’initiés dans des transactions sur les marchés financiers, monétaires et pétroliers. La prédation se porte bien au détriment du Trésor et du pays lors des ventes et achats des biens appartenant à l’État congolais, mais également lors des ventes et achats à l’étranger des divers droits de ce même État. Avec une Cour des Comptes sans infrastructures, ni compétences suffisantes, ni ressources conséquentes, avec des cours et tribunaux
installés dans le dénuement et l’insécurité des magistrats, l’impunité est absolument garantie pour tous les malfrats, corrupteurs et corrompus de tous les gabarits, qui essaiment dans tous les rouages de l’État congolais. Les services de renseignements généraux,- sous toutes leurs déclinaisons et structures, sont là plutôt pour garantir la sécurité des opérations maffieuses et la protection des officiels qui s’y livrent.
Un État dont les rouages baignent ainsi dans la corruption et la compromission
avec la maffia, est seul capable, en Afrique et même au monde, de réaliser le triste record d’avoir le budget le plus infiniment petit sur le territoire le plus infiniment grand et le plus infiniment doté de ressources!
Il est étonnant que cet État corrompu et surendetté qui, le plus officiellement du monde ne daigne pas honorer ses engagements financiers intérieurs et extérieurs, soit coopté non pas dans le club pestiféré des « États Voyous », mais plutôt dans le giron des « États fréquentables ». L’État mérite, bien plus, la meilleure attention et les sympathies des institutions financières et des gouvernements étrangers. Et dire que ces institutions et ces gouvernements font de leur réputation sur le plan de la démocratie et de la rigueur le meilleur argument de leur crédibilité et de leur respectabilité dans le monde! En réalité, la corruption de l’État congolais
entretient la dette odieuse du peuple congolais,’ et la dette odieuse, à son tour, nourrit et justifie l’interminable prédation à grande échelle.
Cet ingénieux engrenage entre les deux roues maffieuses qui se relancent mutuellement et sans fin, doit, pour tourner avec le maximum de souplesse et garantir le meilleur rendement, baigner constamment dans un environnement où
le peuple congolais victime ploie sous la misère et les bombes.
Au Congo de Lumumba et de Kasavubu, la misère est donc chronique, les bombes éternelles!
Le combat surmédiatisé du gouvernement « contre la pauvreté » n’est que pure propagande mensongère. Les soutiens extérieurs (militaires, financiers et politiques) aux fins de déstabiliser constamment le pays - et même de finir par le démembrer - relève d’une évidente et triste réalité.
Ainsi donc, les revendications des diverses fractions de notre peuple en vue de la fin de l’état de guerre, et en faveur de l’amélioration de leurs conditions d’existence, s’inscrit dans la droite ligne des droits et devoirs inscrits dans la constitution. Médecins et personnel de santé, enseignants à tous les niveaux et personnel de recherche, fonctionnaires, avocats, magistrats et personnel des institutions pénitentiaires, chômeurs, architectes et techniciens du bâtiment, paysans et artisans du pays, artistes et divers créateurs, journalistes et divers communicateurs sociaux, commerçants et divers créateurs d’entreprises, ... ont tous le droit - et même l’impérieux devoir - d’exiger des conditions de vie et de travail à la hauteur de leur dignité et de leur confort. Députés et Sénateurs viennent de démontrer que cela est, non seulement légitime et constitutionnel, mais surtout possible dans l’état actuel du pays: ils viennent de se fixer des émoluments très confortables.
Consciente de cette triste réalité du régime ayant la gestion de notre pays, l’UDPS en appelle à la conscience de tous les citoyens, aux formations politiques de l’Opposition, aux diverses diasporas congolaises à l’étranger, aux élites et aux cadres intellectuels, aux organisations de la véritable société civile, aux organisations internationales de défense des droits humains, à l’Union Africaine aux peuples et gouvernements du monde épris de paix et de justice. (...)
3. A PROPOS DU PROGRAMME DU GOUVERNEMENT: « LES CINQ CHANTIERS » DU QUINQUENAT
L’UDPS renvoie le peuple congolais à son histoire. Les infrastructures, les équipements, les outils, les mines et carrières de non;e pays - aujourd’hui largement détruits ou partiellement passés de mode - ont résulté des investissements massifs et des sacrifices innombrables d’un peuple congolais ployant sous les coups de fouet et les insultes, au cours des 75 longues années de colonisation (1885 à 1960). L’incurie, la cupidité et l’irresponsabilité légendaires des régimes politiques qui se son,t succédés ont mis une quarantaine d’années pour en venir à bout.
Et c’est en cinq ans que le plus incompétent des régimes corrompus du pays vient promettre de rebâtir les routes, les ponts, les chemins de fer, les aéroports, les hôpitaux, les établissements scolaires, .avec des ressources publiques détournées à 80%, un budget dix fois inférieur, une population cinq fois plus importante, une dette extérieure aussi écrasante qu’odieuse, et un record rarement battu d’incurie dans la gestion publique!
L’UDPS salue de toutes f,es forces tout gouvernement et toute institution qui, par sympathie pour le Congo ou par sursaut de solidarité, viendraient spontanément assister notre pays au plan de la reconstruction de ces infrastructures. Le Parti croit réellement à l’amitié et à la solidarité sincères entre les peuples, mais dans le cadre de leur recherche légitime des avantages partagés, et par le truchement d’une coopération mutuellement bénéfique. L’UDPS n’a, sur ce plan, aucun réflexe d’exclusion, aucune culture d’ostracisme. Toutefois, il est de son devoir de prévenir que notre peuple haïra et combattra toujours toutes les formes de marchés de dupes,de nature à transformer un eldorado en désert.
Mais quoi qu’il puisse être des avantages mutuels d’une coopération, 1’UDPS met en garde l’ensemble du peuple congolais contre le mensonge faisant croire qu’il puisse exister une coopération d’une générosité désintéressée, au point d’extraire le Congo de ce gouffre en un tour de baguette magique, comme le suggère le chimérique programme en «cinq chantiers ». Ce « programme» ne promet qu’une chose: une amère désillusion des masses encore plus affamées, au bout de l’aventure tragi-comique que mène le régime en place. Il n’y aura au rendez-vous ni eau, ni électricité, ni emplois, ni salaires décents, ni logements, ni transport, ni soins de santé accessibles à tous. (...)
4. QUESTION DE VISION, QUESTION DE LEADERSHIP
Un pays qui n’est pas dirigé peut difficilement être gouverné. L ‘UDPS considère
que le Congo traverse une période parmi les plus douloureuses de son histoire: le régime au sommet de l’État s’épuise à vouloir gouverner ce sous-continent sans leadership, sans vision.
Et pourtant, ni l’un ni l’autre ne s’improvisent. Au contraire, l’un et l’autre se forgent chez les hommes et dans les formations politiques ayant eu l’indicible chance - et la durable patience - de s’infiltrer dans les lobes intimes de la culture et de la sensibilité de leur peuple, au point de faire intimement corps avec ce dernier, au point d’utiliser la langue et le langage de ce dernier. Des dizaines d’années de lutte acharnée contre la dictature, l’irresponsabilité et l’immoralité politiques, ont conféré au combat de l’UDPS un cachet indélébile d’empathie avec ce peuple martyre: Dans la sueur et dans le sang, dans la rue et dans des cachots, dans l’allégresse et dans la détresse partagées avec le Congo profond, l’UDPS et sa direction politique ont progressivement, acquis l’inoxydable
légitimité populaire que les rapports d’argent cherchent en vain à corroder. Si l’UDPS a toujours lutté aux côtés du peuple congolais en faveur des « élections libres, démocratiques et transparentes », ce Parti reste cependant à mille lieux de penser que les élections à elles seules, truquées ou conduites en toute équité, pouvaient octroyer aux élus proclamés le leadership de ce pays-continent, ou leur conférer une vision - plus ou moins partagée - sur le destin de ce grand peuple et le devenir de cette grande nation.
Erreur ! Conquis honnêtement ou arraché par la ruse, un statut juridique, quel qu’il soit, ne peut faire naître un leader, ni conférer une vision. La modestie et le réalisme exigent de chaque homme politique de considérer que les élections ne peuvent être pour lui un début de leadership, mais plutôt une consécration d’un leadership déjà existant.
.
Le Congo est à présent cruellement en déficit de vision et de leadership.
Incohérence et incurie à l’intérieur, sur fond de guerres civiles. Silence de cimetière dans le concert des nations, où, parmi les redoutables amabilités à l’endroit de nos représentants, des chancelleries « félicitent » notre immense pays d’avoir développé une admirable « capacité d’écoute », c’est-à-dire, en clair, un profil bas, une inexplicable carence de message sur le monde et vers lui ! (...)
5. QUESTION DU FEDERALISME ET DE LA DECENTRALISATION
La question du fédéralisme est propulsée au devant de la scène par l’actualité.
Les revendications du BUNDU DIA KONGO en relation (partielle) avec cette question, ainsi que la féroce répression disproportionnée des, forces de l’armée et de la police, ont relancé la question du fédéralisme au Congo. Comme l’UDPS en a toujours fait une de ses options fondamentales pour ce qui est de la forme de l’État à bâtir, la direction politique du Parti sent l’urgente nécessité de clarifier la position de celui-ci.
Le Congo est une république. Ce statut est revendiqué dans la Loi Fondamentale (1960-1962), dans la Constitution de Luluabourg (1962-1967), dans la ConstitutiC1n dite « du MPR» promulguée en juin 1967 (1967-1997), dans les
deux projets constitutionnels élaborés pendant la longue Transition Guillet 1990 - août 1992), dans le fameux Décret Constitutionnel (27 mai 1997 - 17 décembre 2002), dans la Constitution de Transition adoptée à Sun City (17 décembre 2002- 18 février 2006), et dans la Constitution dite de la « Troisième république » en vigueur depuis sa promulgation le 18 février 2006.
Aucune fois, la forme républicaine de l’État congolais n’a été mise en cause, ni par une fraction quelconque de notre peuple, ni encore moins par la majorité de celui-ci. Ni par les tenants de l’unitarisme, ni par ceux du fédéralisme. L ‘accord est, sur ce point, unanime et parfait sur l’ensemble du pays, malgré toutes les péripéties de notre vie nationale très mouvementée.
Mais on ne peut en dire autant pour ce qui est du contenu lui-même de la république. Les opinions oscillent entre une république ayant pour contenu des communautés ethniques fédérées, d’une part, et, d’autre part, une république de type jacobin où tous les citoyens, sans considération d’autre appartenance que celle qui les rattache à l’État, ont partout des droits et des obligations identiques, quelles que soient leur origine, leur appartenance ethnique, religieuse ou philosophique, et quel que soit leur sexe.
La Constitution du 18 février 2006 va dans le sens du modèle jacobin.
Toutefois, la pratique institutionnelle du régime en place, qui considère sa propre Constitution avec moins de valeur qu’une feuille de choux, oscille d’une conception à l’autre. En effet, le régime protège fermement des délinquants politiques bien connus du Katanga qui insultent, tuent et pillent les congolais non natifs du Katanga, mais installés dans cette province. D’autre part, le même régime surmobilise l’année et la police contre le BUNDU DIA KONGO, pour avoir déclaré le Bas-Congo étouffé et écrémé par la maffia et ses exécutants locaux.
L’UDPS refuse d’endosser toute discrimination entre congolais où que ce soit.
Mais elle a toujours appuyé et continuera à appuyer tous les congolais en guerre contre ces compatriotes délinquants qui bradent notre souveraineté et participent
activement à l’appauvrissement de notre pays.
En tant que creuset de toutes les particularités de ce pays-continent dont chaque
congolais devrait être fier, le Parti s’oppose et s’opposera de toutes ses forces à toute forme de balkanisation du pays, comme à toute forme de discrimination citoyenne en ce qui concerne la jouissance des droits politiques, civils, économiques et sociaux. (...)
L’UDPS condamne l’injustifiable complaisance du régime vis-à-vis de la délinquance politique criminelle au Katanga (depuis 1992 !). Elle condamne son injustifiable barbarie sanguinaire à répétition, à l’endroit de la population civile au Bas-Congo, « coupable » de suivre le BUNDU DIA KONGO (2006-2008).
L’agrément de l’Association Culturelle BUNDU DIA KONGO vient d’être retiré par décision gouvernementale en mars 2008. Il y a longtemps que le régime aurait dû retirer son agrément à un certain parti politique katangais pour le même « crime » : apparemment, il ne le fera jamais!
C’est le moment et le lieu d’évoquer le calvaire quotidien des populations congolaises du Kasaï: masse de population refoulées, dépouillée de tous biens et entassées dans des conditions inhumaines; insécurité, agressions à répétition,
meurtres et assassinats banalisés ; toutes possibilités d’accéder au courant électrique bloquées ;
les importations de l’énergie frappées des taxes douanières trois fois supérieures à
celles perçues au Katanga; un chômage de 99,99 pourcents dans les villes de Kananga et de Mbujimayi sans eau ni électricité et ,totalement minées par les érosions; la société MIBA et ses six mille travailleurs pillés par la maffia de Kinshasa et aujourd’hui bloqués dans toutes les initiatives d’un financement extérieur conséquent; élections provinciales manipulées par des envoyés de Kinshasa au détriment des meilleurs cadres du terroir et au profit des parvenus et des baroudeurs à la solde de Kinshasa ; frustrations accumulées contre les gouvernants de Kinshasa et même, ça et là, contre l’unité dé cette nation !
Mutatis mutandis, mêmes récriminations, mêmes frustrations, mêmes perspectives bouchées dans les provinces Orientale et de l’Equateur, dans les provinces de Bandundu et du Katanga. Dans cette dernière province, le poids des contrats léonins et des carrés miniers est particulièrement ressenti par les populations, sous les apparences trompeuses de prospérité.
La loi sur la décentralisation, même lorsqu’elle sera votée par le parlement, ne pourrait être immédiatement d’application. En effet, cette réforme a tout contre elle un manque criant de vision, une carence cruelle de leadership national pour de telles réformes de fond, une interprétation de l’arrière-fond du pays systématiquement opposée à l’esprit et à la lettre de la Constitution en ce que celle-ci prescrit l’égalité en droits de tous les citoyens sur l’ensemble du territoire national, une difficile redistribution des cartes et des prébendes entre la bureaucratie corrompue de la capitale et les nouvelles bureaucraties provinciales,
la difficulté des réformes connexes (sécurité, police, cours et tribunaux, impôts et taxes, enseignement, santé, etc.), le financement des infrastructures en province,…
Mais la plus grave difficulté reste celle liée à l’inversion illégale de l’ordre des élections tel que ce dernier était prescrit à Sun City par l’Accord Global et la Constitution de la Transition. Pour des raisons qu’aucun gouvernement responsable ne saurait expliquer devant l’Histoire, une coalition momentanée d’intérêts politiques intérieurs soutenue par des milieux maffieux extérieurs a décrété, contre tout bon sens et contre les textes légaux, que les élections législatives, p,résidentielles, provinciales et sénatoriales précéderaient les élections locales. Ceci fait, le président proclamé élu a prêté serment et s’est mis à attendre que les chambres se mettent au travail et dégagent clairement la majorité parlementaire d’où devait sortir le chef du gouvernement. Pour être au complet, le parlement attendait les élections sénatoriale sein des assemblées provinciales. Pour que les assemblées provinciales élisent leurs sénateurs, la liste des candidats’ cooptés, notamment parmi les chefs coutumiers, devait au préalable leur parvenir. A ce jour, pour que le gouvernement, enfin fondé, entame
l’irréalisable programme des « cinq chantiers», il est impérieux, de l’avis des propagandistes du régime, que la décentralisation administrative devienne une réalité sur le terrain, et que les élections à la base soient, enfin, organisées sur l’ensemble du territoire congolais! Et pour que ces derniers préalables soient remplis, il faut que quelqu’un, à l’extérieur du pays, se dévoue pour apporter des millions de dollars!
La boucle de l’irresponsabilité politique au sommet de l’Etat est ainsi bouclée!
Au grand dam d’une grande nation, qui s’appelle CONGO!
Consciente de cette triste réalité du régime ayant la gestion de notre pays, l’UDPS en appelle à la conscience de tous les citoyens, aux fondations politiques de l’Opposition, aux diverses diasporas congolaises à l’étranger, aux élites et aux cadres intellectuels, aux organisations de la véritable société civile, aux organisations internationales de défense des droits humains, à l’Union Africaine, aux peuples et gouvernements du monde épris de paix et de justice. Ses millions de combattants demandent à tous de renforcer leur mépris et leur résistance envers le gouvernement de Kinshasa. Ils invitent tous ces peuples et toutes ces forces à manifester au gouvernement Kabila-Gizenga leur mépris et leur rejet par tous les moyens, à la hauteur de l’inqualifiable irresponsabilité, du traitement discriminatoire entre citoyens et entre provinces, du danger de balkanisation qu’ il fait courir ainsi à l’unité du pays et à la concorde nationale, et de la trahison au quotidien du serment constitutionnel.
6. CONCLUSION
Les frustrations et les rancoeurs sont généralisées. Le pays est bloqué. Les obstacles sont innombrables: une insécurité généralisée relevant d’un terrorisme d’État, des guerres interminables, la méconnaissance des droits fondamentaux des citoyens, une insatiable maffia extérieure en conjonction avec un régime corrompu, l’incurie et l’absence de vision et de leadership, l’incapacité intrinsèque d’un gouvernement absent sur tous les fronts, l’affairisme débordant au sommet d’un État incapable de défendre la souveraineté du pays et l’intégrité du territoire et incapable de faire respecter les frontières du Congo, une politique délibérée et courageuse de « deux poids deux mesures » à l’égard des individus et à l’endroit des provinces du pays, ...
Tous ces obstacles se relaient, et se relancent interminablement entre eux. Le Congo, notre terre et notre patrie, se trouve à présent biloqué dans un cercle vicieux: ni progrès ni dignité sur le terrain, ni unité garantie. Le régime actuel ne laisse aucune chance au pays, aucune alternative aux Congolais.
Le régime agit comme agirait un groupe d’intérêts ayant reçu mission de détruire l’Etat congolais de l’intérieur, de briser l’unité du pays, et de balkaniser le Congo en une multitude de « carrés miniers ». Toute la gestion politique et institutionnelle du régime est faite pour renforcer la crainte légitime des congolais face au vaste complot international visant la transformation de ce vaste pays en plusieurs bantoustans.
A la légère, le drame actuel de l’Etat congolais a coutume d’être imputé à l’incompétence, l’inexpérience et i’ irresponsabilité des gouvernants. Mais tout compte fait, et à y regarder de très près, la crainte d’une vaste trahison de type néocolonial contre l’unité du pays ne peut être écartée, maintenant que sa souveraineté nationale et son intégrité territoriale sont malmenées dans toutes les décisions et sur toutes les frontières.
Le Comité Organisateur du Premier Congrès de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social, Exécutif National du Parti, appelle, sur ce point précis, l’attention et la vigilance de tout le pays et de tous les patriotes.
En aucune façon, et sous quelques prétexte et forme que ce soit, l’UDPS ne transigera jamais sur l’unité du pays et l’intangibilité de ses frontières. Par ailleurs, avec la même conviction et la même détermination, l’UDPS invite les gouvernements et les peuples du monde à une coopération franche et mutuellement avantageuse, dans l’intérêt des solutions justes et durables à la misère noire du peuple Congolais et aux multiples défis à la paix dans la région.
L‘Histoire ne nous pardonnera jamais de ne pas réactiver notre vieille solidarité de peuple libre et souverain, pour résister victorieusement aux assauts répétés de la maffia contre notre pays. L’UDPS invite l’ensemble de notre peuple à ne jamais céder à la peur et au désespoir, de redoubler d’imagination, d’énergie et de solidarité, dans la lutte de reconquête de notre dignité et de notre destin.
Que vive le Congo, uni et debout! Que vive la République ! Tenons bon, l’UDPS
Vaincra !
Président National
Tshisekedi wa Mulumba