Barack Obama gagne haut la main la joute présidentielle
[i]
et
devient le 44e président des états-Unis d’Amérique
[ii]
Un Africain-américain à
la Maison Blanche
« Le vingt et
unième siècle arrivera vraiment lorsque la couleur de la peau ne sera plus une
question d’importance, cette ligne de couleur qui a toujours tout conditionné. » William
Edward Burghardt [W.E.B.] Du Bois
(1868-1963), auteur-écrivain, historien et sociologue, théoricien de
l’émancipation des Peuples noirs et concepteur idéologique du Panafricanisme
[iii]
.
Par Joël Lévy

Le sénateur démocrate de l’Illinois, Barack Hussein
Obama, dont le père est, en réalité, originaire du Kenya (Afrique de l’Est),
plus précisément de l’ethnie luo, remporte haut la main l’élection
présidentielle américaine de 2008. Cette grande victoire intervenant en pleine
annonce du décès de sa grand-mère qui l’a élevé à Hawaï, est acquise aux dépens
du redoutable sénateur républicain de l’Arizona John McCain, dit « le
franc-tireur ». Héros incontesté de la guerre du Vietnam, ce vieux routier
de la politique américaine est très connu pour son grand esprit d’indépendance.
Le gain de Obama intervient effectivement après vingt
et un mois de campagne électorale, d’ailleurs, ponctuée de primaires et caucus
qui ont indubitablement passionné le Peuple américain, ainsi que
la Planète
entière,
avec la présence non moins remarquable dans le camp démocrate, de l’ex-première
dame des états-Unis d’Amérique, la sénatrice de New York Hillary Rodham
Clinton. Celui-ci intervient, surtout, après une longue et éprouvante campagne
sensiblement marquée par tous les coups bas possibles permis par la nature
spectaculaire de la démocratie made in USA. Force est d’admettre que la
publicité négative pour discréditer l’adversaire le plus en vue voire le concurrent
le mieux placé pour remporter la joute présidentielle a été naturellement, avec
son cortège de faussetés et de contrevérités, au cœur de cette élection. Il
convient de souligner que le sénateur John McCain, tout comme la sénatrice
Hillary Rodham Clinton lors des primaires et caucus d'avant juin
2008, a
exactement usé de
mêmes stratégies de dénigrement à l'égard du sénateur Barack Hussein Obama. À
quelques égards, celles-ci ont semblé malheureusement friser on ne peut plus le
racisme et la diabolisation gratuite. Comme quoi la fin justifie toujours les
moyens dans ce genre d'exercice ou d'opération électorale...
Par ses nombreux enjeux fondamentaux, cette campagne
présidentielle restera dans l’histoire américaine comme la plus chère en termes
de mobilisation et de dépenses de fonds, corroborant ainsi que « l’argent
est le nerf de la guerre ». En effet, les fonds recueillis par les
deux candidats finalistes afin d’obtenir les suffrages populaires de leurs
Concitoyens ont dépassé le milliard de dollars US. Plus de six cents millions
pour le candidat africain-américain et plus trois cents millions, c’est-à-dire
moins du double pour son concurrent républicain.
Cette élection présidentielle entre également dans
l’histoire du Pays parce que l’un des prétendants à
la Maison-Blanche
est
pour la première fois un Africain-américain (Barack Hussein Obama). Aussi
entre-t-elle dans l’histoire nationale dans la mesure où les Américains avaient
la possibilité d’élire pour la première fois une femme au poste de vice-présidente,
en l’occurrence Sarah Palin, de surcroît excentrique gouverneur de l’Alaska
[iv]
.
Ces « dimensions » sociologiques entraînent logiquement voire
forcément que le taux de participation populaire atteigne des sommets jamais
inégalés lors de la tenue d’une telle joute
[v]
.
Le sénateur de l’Illinois Barack Hussein Obama doit sa
victoire électorale à son charisme légendaire. En effet, son dynamisme et sa
verve oratoire, sa force de caractère et de conviction, sa volonté et sa
détermination, sa puissance de persuasion ainsi que sa vision nationale sur le
changement lui ont assurément permis de séduire des larges pans de l’électorat
avide de changement. En cela, il s’agit très certainement d’une grande victoire
personnelle dans la mesure où le Peuple américain maintes fois abusé et
désabusé par ses dirigeants fédéraux s’est vraiment largement et fortement
reconnu en lui
[vi]
.
C’est également une grande victoire du Parti
démocrate, dit « Parti de l’Âne », dans la mesure où toute sa
stratégie de campagne électorale associant son concurrent républicain John
McCain aux politiques mensongères, impopulaires et même destructrices du
président républicain sortant George Walker Bush Jr a très bien
fonctionné. Ceci au point que l’adversaire républicain de Barack Obama a été
nettement incapable de se départir complètement de cette image
collaborationniste. Cela est d’autant plus vrai que le vétéran John McCain a
voté, en tant que sénateur républicain de l’Arizona, 95 % des projets de loi
initiés par le locataire de
la Maison Blanche.
Y compris la sale et inutile
guerre d’Irak. À cet effet, ce dernier ne pouvait aucunement incarner le
mouvement voire le discours politique du changement très en vogue au Pays
[vii]
.
Tout compte fait, il s’agit d’un vote sanction. Par conséquent, l’élection de
Barack Obama en qualité de quarante-quatrième président des états-Unis
d’Amérique se veut un référendum sur le mandat républicain de W.
Une chose est vraiment sûre et certaine, l’âge a
beaucoup joué en défaveur du sénateur John McCain. Ce vétéran de la guerre du
Vietnam est âgé de 72 ans. Ce qui aurait effectivement fait de lui le président
le plus âgé de l’histoire du Pays. À cet égard, le Peuple américain n’a pas
oublié les trous de mémoire qui affectaient la présidence du républicain Ronald
Wilson Reagan probablement atteint de la maladie d’Alzheimer. Ceci revient à
dire que « l’âgisme » en tant que facteur sociologique a eu un impact
réel dans cette élection présidentielle dont la passion a mobilisé les Jeunes
votants. Il a très nettement conditionné le choix des électeurs. Ces derniers
craignaient bien entendu d’élire un président ayant antérieurement contracté un
« cancer » malin
[viii]
,
incapable d’achever son mandat puisque emporté par la maladie et très
rapidement remplacé par une colistière sans expérience et sans leadership,
sans vision et sans personnalité politique, sans consistance et sans prestance
politique
[ix]
.
Un autre facteur qui a naturellement joué en défaveur
de John McCain est sans aucun doute le peu de sympathie qu’éprouvent les
partisans conservateurs à son endroit. Ce qui fait que le sénateur de l’Arizona
est à vrai dire le mal-aimé des républicains. D’ailleurs, dès la proclamation
de sa victoire aux primaires dans le camp du Parti de l’éléphant, bon nombre de
leaders républicains lui ont contesté sa qualité et son statut de
vrai conservateur. En commençant par ses propres concurrents à la course à
la candidature républicaine : le milliardaire mormon et ancien gouverneur
de Massachusetts Mitt Romney qui représente les milieux d’affaires soutenant
financièrement le Parti, l’ancien gouverneur de l’Arkansas ou le pasteur
baptiste Mike Huckabee qui incarne idéologiquement la droite religieuse ou le
courant du renouveau chrétien (les fameux Born Again Christian).
Cependant, le net dévolu de John McCain sur le
gouverneur ultra-conservateur de l’Alaska Sarah Palin pour le poste stratégique
de Vice-président aux dépens du richissime Mitt Romney et du prêcheur Mike
Huckabee pour affronter le vétéran démocrate Joseph (Jo) Biden, membre de la
puissante commission des affaires étrangères du Sénat
[x]
,
ne l’a pas véritablement aidé non plus bien que celui-ci eût espéré engranger
toutes les voix de l’électorat féminin démocrate déçu par l’absence d’un ticket
de rêve démocrate Barack Obama-Hillary Clinton pour la conquête de
la Maison Blanche.
Force de relever que le choix de Mme Palin dont la personnalité est
très colorée, est devenu au fil de la campagne un boulet de canon contre le
vétéran McCain. Il est certainement devenu une épine dans le pied de la campagne
électorale du héros de la guerre du Vietnam à cause de sa méconnaissance totale
des dossiers importants et d’une succession de gaffes. En dépit de plusieurs
critiques acerbes fusant de toutes parts, entre autres de l’ancien président de
la Chambre
des
Représentants, le très « populiste » Newt Gingrich de Georgie qui se
positionne déjà comme l’éventuel futur repreneur du Parti républicain, le
sénateur de l’Arizona McCain n’a point cédé un pouce. Il est évidemment resté
sourd à leurs récriminations et grognements.
Si la victoire de Barack Obama constitue en soi un
grand bouleversement sur le plan sociologique
[xi]
,
il n’en reste pas moins vrai que son élection à la tête de son Pays immensément
puissant consacre à jamais « Prophète » le Dr Martin Luther King d’heureuse et pieuse mémoire
[xii]
.
Dans son célèbre et mémorable sermon « I Have a Dream »,
cet Apôtre de la paix, de surcroît un Grand Esprit du vingtième siècle,
déclarait que « les états-Unis d’Amérique deviendraient un Pays plus
ouvert et plus fraternel, plus juste et plus tolérant lorsque leurs propres
ressortissants ne seraient plus jugés et regardés uniquement par la couleur de
leur peau mais plutôt par leur humanité, la seule couleur de leur intelligence humaine ». Par conséquent, l’élection de Barack Obama est la traduction
matérielle de cette prophétie. Elle fait, sans conteste, entrer le Monde et les
états-Unis d’Amérique dans une nouvelle ère civilisatrice
[xiii]
.
Elle les fait entrer en plein vingt et unième siècle, comme l’a également
prédit le père idéologique du panafricanisme W.B.E. Du Bois et, de surcroît,
mentor et disciple du Grand Africain, le Ghanéen Kwame N’Krumah.
Ce gain électoral de Barack Hussein Obama pourrait
profondément changer la perception qu’ont réellement les Négro-africains
d’eux-mêmes. Cette victoire symbolique d’un de leurs en pleine terre des
Amériques va sûrement provoquer un électrochoc sans commune mesure. En effet,
ces derniers vont commencer à vraiment croire au Destin et, surtout, à espérer
en des lendemains meilleurs. Dans le domaine ethnique et tribal où l’étroitesse
d’esprit constitue de nos jours un vrai cancer pour l’unité nationale de
nombreux pays africains, il se pourrait que leurs ressortissants vivant dans
une mosaïque de Peuples et dans un kaléidoscope de cultures cessent de plus en
plus de se regarder en chiens de faïence. Cela pourrait les amener à
s’apprécier et s’entraider davantage, sans considération ethnique et tribale.
Donc, cette victoire électorale pourrait, à terme, devenir un facteur d’unité
et de rassemblement, de collaboration et de coopération. Notamment au Kenya où
les Luos, ethnie de l’ouest du pays dont est originaire le père de Barack
Obama, se sont dernièrement entretués avec les Kikuyus, ethnie rivale au
pouvoir politique depuis l’indépendance nationale en 1963. Si cela en est
vraiment ainsi, l’Afrique aurait fait un très grand pas en matière de tolérance
et d’ouverture d’esprit.
Si elle constitue en soi un grand changement, il n’en
demeure pas moins vrai que la victoire électorale symbolique du démocrate
Barack Obama aux dépens du républicain John McCain à l’élection présidentielle
2008 était très souhaitée voire même très attendue par le monde entier. À cet
égard, son gain réconcilie réellement les états-Unis d’Amérique avec le reste
de
la Planète. Il
importe de souligner que l’image naguère limpide de cette superpuissance est
plus que jamais ternie. Celle-ci est très sérieusement écornée par l’étroitesse
de vision républicaine fondée idéologiquement sur l’unitarisme politique et
diplomatique dans les rapports interétatiques. Cela est d’autant plus vrai que
le démocrate Barack Hussein Obama prône plutôt en la matière un monde
multipolaire fondé sur le dialogue permanent entre états et Nations en vue
d’asseoir à jamais la paix et la justice, de consolider pour de bon la sécurité
et la liberté. En cela, il suscite et inspire profondément l’espoir d’un
univers pacifique et harmonieux. Il en est effectivement la flamme vivante. Il
en incarne la force ou la puissance du rêve.
Ce qui est clair voire irréversible, avec le slogan
désormais célèbre et fredonné sur toutes les lèvres « Change We Need »
[xiv]
constituant véritablement le thème mobilisateur de la campagne du démocrate
Barack Hussein Obama, les états-Unis d’Amérique en tant que superpuissance
planétaire se doivent de changer substantiellement. Ce changement en profondeur
que la population appelle de ses vœux, doit, bien sûr, affecter aussi bien les
conditions intérieures que les relations internationales. Sur le plan interne,
ce Pays se doit nécessairement de combattre avec acharnement et conviction, au
nom du principe d’égalité, la pauvreté grandissante et la misère croissante sur
sa vaste étendue territoriale et par voie de conséquence éliminer les signes
perceptibles ou visibles de tiers-mondisation qui érodent sa stabilité et
affectent sa sécurité.
À cet égard, tout le monde garde encore fraîchement en
mémoire l’Ouragan Katrina dont les désastres et ravages en Alabama, au
Mississipi et en Louisiane ont vraiment rapidement démontré la vulnérabilité de
ce colosse désormais aux pieds d’argile dans les domaines social (les
états-Unis demeurent généralement une vaste terre d’Apartheid, un grand espace
où la ségrégation raciale est sans aucun doute légion), économique (la
pauvreté criarde et la misère criante en tant que phénomènes d’exclusion ne
sont plus le seul apanage des Noirs voire des Hispaniques. Ces trente dernières
années, celles-ci se sont effectivement répandues comme une traînée de poudre
chez des Blancs). Cette perception légitime d’une superpuissance politique,
militaire et économique qui se délite au jour le jour, se renforce également,
très nettement, par le fameux pont qui a malheureusement cédé à Minneapolis
[état du Minnesota], provoquant ainsi la mort directe de plusieurs dizaines de
personnes innocentes. Aussi se renforce-t-elle littéralement par l’incapacité
manifeste à imposer coûte que coûte la paix armée suivie de la concorde
politique ou civile en Irak et en Afghanistan, ainsi que par la crise
financière qui secoue violemment les parquets boursiers de
la Planète
tout
entière et les marchés du crédit immobilier ou hypothécaire.
Sur le plan international, il est un fait que les
états-Unis d’Amérique ont bâti leur puissance tant politique et diplomatique
qu’industrielle et économique, y compris leur suprématie culturelle et
militaire sur une notion « subjective » de liberté, d’ailleurs aux
contours flous voire discutables. Cette conception leur a permis de devenir
progressivement un grand facteur de désordre international et d’injustice
mondiale. C’est effectivement au nom de ce concept de liberté visiblement
entamé qu’ils ont justifié à tort certaines entorses aux principes de
démocratie et de liberté, de justice et de dignité humaine, qu’ils ont couvert
de pires atrocités, donc des injustices criantes à travers
la Terre.
À cet égard, en vue de recouvrer leur prestige, leur
crédibilité morale et, par voie de conséquence, accréditer leur leadership
planétaire
[xv]
,
il est vraiment grand temps pour les états-Unis d’Amérique d’incorporer inévitablement
dans leur vision du Monde libre la notion et le principe d’un Monde plus
fraternel et plus égalitaire. Car,
la Liberté
qui signifie Plénitude de la vie, ne
pourrait ou ne saurait nullement se concevoir sans l’égalité et
la Fraternité. Cela
est d’autant plus vrai qu’une Planète Terre essentiellement fondée sur le
fameux triptyque républicain « Liberté - égalité - Fraternité »
très cher aux Grands Patriotes et Révolutionnaires américains et français du
XVIIIe siècle est, par essence, un univers plus sûr pour la paix (l’harmonie,
la concorde et la coopération entre les Peuples et Nations), un espace plus
stable pour l’entreprise et les affaires (le développement économique)
et, surtout, un monde plus sécuritaire pour la justice (le progrès social au
sein des Collectivités publiques et Communautés de base)
[xvi]
.
Un telle Planète s’avère pertinemment et indubitablement le grand rêve du IIIè millénaire ambiant. Dans le cas contraire, c’est le péril tapi dans l’ombre qui
guette indéfiniment l’humanité ambiante. Parfois caché devant ou derrière la
porte, celui-ci risque davantage de l’emporter violemment. Et ce pour toujours
!
Change! Yes We
Can.
Change! Yes We Believe. Change! Yes We Need. Change! Yes We Can Do It.
Cet éditorial est dédié aux Américains Abraham Lincoln
et Martin Luther King Jr et au Sud-Africain Nelson Mandela qui ont
consacré leur vie à lutter avec acharnement et conviction contre les préjugés
raciaux, à rassembler l’Humanité autour des idéaux de paix et de liberté, à
bâtir un univers fondé sur la tolérance et la dignité humaine.
Joël Asher Lévy est journaliste.
En qualité d’analyste politique et social, il est auteur et signataire de
plusieurs articles, dossiers et reportages sur divers thèmes. Parmi les sujets
qu’il a eus à traiter dans le cadre de sa profession et à aborder dans des
conférences-débats, il convient de citer les questions de société, la santé, la
religion, la démocratie, les libertés publiques et les droits fondamentaux de
la personne humaine, la politique, la culture et les arts, la littérature, le
sport et l’environnement.
Méditation sur la prophétie et l’œuvre humaniste et
universelle du pasteur et apôtre de la paix Martin Luther King Jr
« Il y aura un jour où sur les collines
rouges de Georgie, les enfants des anciens esclaves et les enfants des anciens
propriétaires d’esclaves prendront place ensemble à la table de la fraternité ».
Marche pacifique à Washington, Discours sur l’égalité des races et la
fraternité humaine, I Have A Dream, 1963.
Hommage solennel à Martin Luther King Jr par le président des états-Unis d’Amérique, le républicain Ronald Wilson Reagan
« Quand je pense à ce que notre Pays doit à
l’homme dont nous honorons aujourd’hui la mémoire, un aphorisme attribué au
poète américain John Greenleaf Whittier me vient à l’esprit : ‘‘À
chaque crise son geste et sa parole’’. En Amérique, au cours des années
1950 et 1960, la discrimination raciale fut l’une des crises les plus
importantes auxquelles nous nous sommes trouvés confrontés. L’homme dont le
geste et la parole ont bouleversé notre Nation jusqu’aux profondeurs de son Âme
fut le pasteur Martin Luther King… »
« Le pasteur Martin Luther King a éveillé en
nous un sentiment profond et sincère, l’idée selon laquelle la justice doit
être aveugle à la couleur de la peau; que les Américains noirs et les
Américains blancs peuvent dire les uns des autres, comme il l’a dit
lui-même : ‘‘Leur destinée est liée à notre destinée, leur liberté
est inextricablement liée à notre liberté; nous ne pouvons progresser tout seuls…’’»
« En 1968, Martin Luther King a été tué par un
assassin bestial, sa vie a été tranchée net à l’âge de 39 ans. Mais, ces
trente-neuf brèves années ont modifié l’Amérique à jamais. La loi de 1964 sur
les Droits civiques a garanti à tous les Américains un droit d’accès égal à
tous les lieux publics, le droit de bénéficier, en toute égalité, des
programmes financés par des fonds fédéraux ainsi que le droit de postuler et
d’obtenir un emploi sur le critère du mérite individuel. La loi de 1965 sur le
Droit de vote nous a apporté la certitude que, désormais, les Noirs américains
pourraient exercer ce droit. Mais, ce qui importe encore le plus, ce n’était
pas là un simple élan du cœur. La conscience de l’Amérique avait été touchée.
D’un bout à l’autre du Pays, les Américains ne se considéraient plus
mutuellement comme des Blancs et des Noirs, mais comme des Concitoyens… »
« Aujourd’hui, notre Pays a décidé d’honorer la
mémoire du pasteur Martin Luther King en consacrant une journée, tous les ans,
à son souvenir et au souvenir de la juste cause qu’il a défendue. Nous avons
accompli un progrès de portée historique depuis le moment où Rosa Parks a
refusé d’aller s’asseoir à l’arrière d’un autobus. En bons démocrates, les
Américains ont reconnu qu’ils commettaient une grave injustice et pris des
mesures pour y remédier. Et nous devrions nous rappeler que dans un trop
grand nombre de pays, des hommes comme le pasteur King n’ont jamais la
possibilité de s’exprimer. »
« Mais des restes de sectarisme continuent de
faire tache sur l’Amérique. Aussi, chaque année, à l’occasion de la journée de
Martin Luther King, ne nous contentons pas de nous rappeler l’œuvre qu’il a
accomplie, mais prenons l’engagement d’obéir aux préceptes dans lesquels il
avait foi et qu’il s’efforçait de respecter chaque jour : ‘‘Tu
aimeras ton Dieu de tout ton cœur et tu aimeras ton prochain comme toi-même’’. Et je crois que si nous tous, jeunes et vieux, républicains et démocrates,
faisons notre possible pour vivre conformément à ce commandement, nous verrons
le jour où le rêve du pasteur King deviendra réalité et où, selon ses propres
mots : ‘‘Tous les enfants de Dieu pourront chanter ensemble cet
hymne auquel ils donneront une signification nouvelle …Pays où reposent nos
pères, orgueil du pèlerin, sur chaque flanc de montagne, que sonne la cloche de
la liberté ’’ ». Ronald Wilson Reagan, Président des états-Unis
d’Amérique, allocution prononcée lors de la signature de la loi qui établit un
jour de fête nationale pour honorer la mémoire du pasteur et prix Nobel de la
paix 1964 Martin Luther King Jr, Maison Blanche, Washington, 2
novembre 1983.
Ce qu’il faut savoir :
Huit mois après la guerre de Sécession opposant le Sud
esclavagiste et le Nord abolitionniste, c’est-à-dire le 18 décembre 1865, le Treizième
amendement de
la
Constitution
des états-Unis d’Amérique est adopté. Il est
ainsi rédigé. Section I : « Ni esclavage ni servitude involontaire,
si ce n’est en punition d’un crime dont le coupable aura dûment été convaincu,
n’existeront aux états-Unis ni dans aucun des lieux soumis à leur juridiction ».
Force est mentionner que huit mois avant l’adoption de ce texte fondamental,
une balle tirée par un assassin avait déjà mis fin aux jours de ce mémorable
abolitionniste Abraham Lincoln.
Quelques
dates historiques importantes sur la grande marche des états-Unis d’Amérique
vers l’égalité raciale :
-
1863 : Le président républicain Abraham Lincoln
signe la proclamation de l’émancipation affirmant l’affranchissement de tous
les esclaves dans les états rebelles.
-
1865 : L’adoption du XIIIe amendement
entraîne l’abolition de l’esclavage sur le territoire des états-Unis
d’Amérique.
-
1905 :
William Edward Burghardt (W.E.B.) Du Bois dirige la réunion qui
donne le coup d’envoi à une vaste campagne de protestation organisée en faveur
de
la Communauté
noire.
-
1909 : Fondation de
la National Association
for the Advancement of Colored People (NAACP) par W.E.B. Du Bois, avec l’aide
des activistes noirs et l’appui des progressistes blancs.
-
1941 : Le président Franklin Delanoe Roosevelt
signe le décret qui interdit toute discrimination de la part des fabricants de
matériel de guerre sous contrat avec le gouvernement.
-
1946 : Le président Harry S. Truman crée
la Commission
des droits
civiques; un an plus tard, celle-ci déclare que « la discrimination
raciale est un problème national ».
-
1947 : Branch Rickey, patron des Brooklyn
Dodgers, l’une des principales équipes professionnelles de base-ball, engage –
pour la première fois – un joueur noir, en l’occurrence Jackie Robinson.
-
1948 : Le président Truman abolit la ségrégation
dans toutes les unités des forces armées.
-
1954 : Dans l’arrêt Brown contre Board of
Education,
la Cour
suprême des états-Unis d’Amérique ordonne que les Noirs soient admis dans
toutes les écoles publiques sans discrimination, avec « une sage
promptitude ». Cette décision renverse la doctrine généralement
admise, selon laquelle il suffit que les Noirs soient « séparés mais
égaux ».
La Cour
reconnaît que « des établissements d’enseignement séparés sont intrinsèquement
inégaux ».
-
1955 : La réussite du boycottage des lignes
municipales des transports urbains à Montgomery, dans l’Alabama, permet à
Martin Luther King de faire abroger des ordonnances locales enjoignant aux
Noirs de s’asseoir à l’arrière des autobus. Il en résulte un succès similaire
dans d’autres villes du Sud.
-
1957 : Sur l’ordre du président Dwight D.
Eisenhower, les troupes armées fédérales font pénétrer neuf élèves noirs dans
le Lycée Central de Little Rock (état de l’Arkansas) pour leur permettre d’y
suivre les cours. C’est la première fois, depuis les séquelles de la guerre de
Sécession, que l’armée est utilisée pour protéger les droits des Noirs dans le
Sud.
-
1960 : De jeunes Noirs du Comité des étudiants
pour l’action non-violente (SNCC) commencent à occuper des restaurants dans
tout le Sud du Pays et obtiennent pour les Noirs le droit d’être servis dans
les établissements précédemment soumis au principe de la ségrégation.
-
1961 : Les « Voyageurs de la liberté »,
venus du Nord, violent délibérément les règlements qui, dans le Sud, réservent
aux Blancs un certain nombre d’installations telles que les fontaines d’eau
potable, les restaurants, les toilettes et les salles d’attente dans les
stations d’autobus ou les gares. Par ailleurs le président démocrate John
Fitzgerald (JFK) Kennedy établit une commission chargée de veiller à l’égalité
des chances en matière d’emploi.
-
1962 : Plusieurs organisations créées pour la
défense des droits civiques des Noirs s’unissent pour enseigner aux Noirs du
Mississipi comment se faire inscrire sur les listes électorales. Cet effort est
infructueux en raison de l’intransigeance manifeste des autorités qui
continuent d’opposer aux Noirs toutes sortes de barrières arbitraires les
privant de l’usage de leurs droits depuis plusieurs décennies. Dans la foulée
desdits événements, un étudiant noir, James Meredith, s’inscrit sous la
protection de l’armée fédérale à l’université du Mississipi jusque-là réservée
aux seuls Blancs. Poursuivant dans la même mouvance, le président Kennedy
interdit toute discrimination dans les immeubles d’habitation publics,
construits avec l’aide de subventions fédérales.
-
1963 : Martin Luther King prononce à Washington
son fameux sermon sur l’égalité raciale ‘‘I Have A Dream’’ devant 250,000
mille personnes venues de toutes les régions du Pays. Le président Kennedy
propose une nouvelle législation, et des plus rigoureuse, en matière de droits
civiques. Il envoie des troupes fédérales en Alabama pour obliger les autorités
à laisser deux étudiants noirs s’inscrire à l’Université de l’état.
-
1964 : Le Congrès des états-Unis d’Amérique
adopte la loi sur les Droits civiques qui interdit formellement toute
discrimination dans la plupart des lieux publics.
-
1965 : La loi sur le Droit de vote autorise les
inspecteurs fédéraux à se substituer, en cas de besoin, aux autorités locales
pour inscrire des Noirs sur les listes électorales. D’ailleurs, en 1967, plus
de la moitié des Noirs bénéficiant du droit de vote se font inscrire sur les
listes électorales en Alabama, au Mississipi, en Louisiane, en Georgie et en
Carline du Nord, ce qui permet une augmentation du nombre d’élus noirs à
l’échelon local.
-
1965 – 1968 : Des émeutes éclatent dans les
ghettos noirs de Los Angeles, Detroit, Newark et autres grandes villes.
La Commission
consultative
nationale sur les Désordres civiques avertit l’Amérique que les états-Unis
d’Amérique sont en train d’évoluer vers une scission en deux sociétés séparées,
l’une blanche et l’autre noire. Elle recommande l’adoption des programmes
décisifs en matière de logement, de création d’emplois, de formation
professionnelle, d’éducation et des conditions de vie.
-
1967 : Le président démocrate Lyndon Baines
Johnson déclare la guerre à la pauvreté; il s’agit d’une série de programmes
concernant la formation professionnelle, le logement, l’éducation, la santé et
nombre d’avantages sociaux pour les déshérités.
-
1968 : Martin Luther King est assassiné.
La Cour
suprême des états-Unis
d’Amérique interdit toute discrimination dans la vente ou la location de
logements.
-
1970 : Le président Richard Nixon crée un bureau
en vue d’encourager le développement des entreprises parmi les minorités
(Office of Minority Business Enterprise), lequel est chargé d’aider les Noirs à
réussir dans les affaires.
-
1971 :
La
Cour
suprême des états-Unis d’Amérique juge conforme les
dispositions prises pour transférer et transporter les élèves dans des écoles
situées en dehors de leur quartier, et ce pour en finir avec la ségrégation
scolaire dans les grandes villes.
-
1972 : La loi sur l’Emploi et l’égalité des
Chances encourage l’embauche
préférentielle et la promotion des femmes et des membres des minorités
ethniques.
-
1974 :
La Municipalité
de Detroit adopte un programme
permettant aux Noirs de s’affirmer, en se faisant recruter dans la police
locale, afin que la composition des forces de l’ordre soit plus équilibrée.
-
1978 : Le président Jimmy Carter promulgue la loi
disposant que toutes les minorités désignées doivent être représentées dans
chaque catégorie et chaque échelon de la fonction publique en proportion de
leur importance dans la population totale.
-
1982 : La loi sur le Droit de vote est promulguée
par le président Reagan.
-
1983 : Le président Ronald Reagan signe la loi
décrétant l’anniversaire de Martin Luther King Jr « jour de
fête nationale ». Seuls les présidents George Washington et Abraham
Lincoln avaient reçu un tel hommage solennel.
-
1984 : Le pasteur baptiste Jesse Louis Jackson
connaît un bon parcours dans la course à la candidature présidentielle au sein
du Parti démocrate (primaires et caucus).
-
2000 : Le général en retraite Colin Powell qui a
déjà la particularité d’être le premier africain-américain à assumer les
charges du chef d’état-major interarmes du Pays, devient le premier secrétaire
d’état noir de l’histoire des états-Unis d’Amérique sous l’administration de
George Walker Bush.
-
2004 : Mme Condoleezza Rice du Conseil
national de sécurité succède à M. Colin Powell au poste de secrétaire d’état
et, par conséquent, devient la première femme noire à occuper ce maroquin.
-
2008 : L’Africain-américain Barack Hussein Obama,
sénateur de l’Illinois, est élu 44e président des états-Unis
d’Amérique.